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8e femme sur l’Étape du Tour 2026 : dans la préparation et les données de course de Zélie Bergsma 🏆

Dernière mise à jour : il y a 11 heures

Préparer une épreuve cycliste de montagne de plus de sept heures ne consiste pas simplement à accumuler les kilomètres et le dénivelé. Sur un parcours comme celui de l’Étape du Tour 2026, long de 170 kilomètres pour 5 400 mètres de dénivelé positif, l’endurance constitue une base indispensable, mais elle ne suffit pas. L’enchaînement de la Croix de Fer, du Télégraphe, du Galibier et du col de Sarenne exige aussi de pouvoir absorber les changements de pente, contrôler son intensité dès les premières ascensions et conserver une part importante de ses capacités après plusieurs milliers de kilojoules de travail.


Lorsque Zélie Bergsma commence son suivi avec Ibex outdoor à la mi-avril, elle ne découvre pourtant ni les longues distances ni les efforts d’endurance. Son parcours multisport et ses expériences en ultra lui ont déjà permis de construire un profil particulièrement solide pour maintenir longtemps un effort relativement stable. La question centrale de sa préparation n’est donc pas de savoir comment lui apprendre à durer, mais comment compléter ce socle : élever son plafond physiologique, mieux répondre aux variations de rythme et surtout préserver ses qualités lorsque la fatigue s’accumule.


Cette préparation ne suivra cependant pas une trajectoire parfaitement linéaire. Entre l’intégration du travail de préparation physique déjà engagé, les contraintes quotidiennes, les points de vigilance liés aux blessures et une période personnelle plus complexe au mois de juin, la programmation devra régulièrement être ajustée. Certains objectifs intermédiaires seront abandonnés, plusieurs séances deviendront optionnelles et la recherche de fraîcheur mentale prendra temporairement le pas sur l’optimisation physiologique. Non comme un renoncement à la performance, mais comme une condition nécessaire pour continuer à avancer sans transformer l’entraînement en charge supplémentaire.


Le 19 juillet 2026, Zélie termine finalement l’Étape du Tour à la 8e place féminine. Son fichier de course enregistre 7 h 02 d’activité, 168,73 kilomètres, 5 099 mètres de dénivelé positif et plus de 4 100 kilojoules de travail mécanique. Au-delà du classement, ces données permettent d’observer comment les qualités développées au cours de la préparation ont résisté à l’enchaînement des ascensions, à l’altitude et à la fatigue. Elles montrent également pourquoi la réussite d’une telle course ne peut pas être expliquée par une FTP, une puissance moyenne ou une quantité d’entraînement considérées isolément.


Dans cet article, nous allons analyser le profil initial de Zélie Bergsma, les orientations choisies pendant ses trois mois de préparation, les adaptations réalisées face aux contraintes personnelles et les données de sa course afin de comprendre comment elle a construit sa performance sur l’Étape du Tour 2026.


Mayssa Mehenni
© Mayssa Mehenni - mayssamehenni.com

Bienvenue sur le blog d'Ibex outdoor, agence spécialisée dans l'entraînement en sports d'endurance

Un entraînement construit par un coach professionnel sélectionné avec soin, pour vous accompagner dans votre quotidien de sportif.




1. Un profil déjà construit pour durer 🌿

Lorsque Zélie débute son accompagnement avec Ibex à la mi-avril, elle possède déjà une solide expérience des sports d’endurance. Son parcours l’a conduite à explorer plusieurs disciplines et à s’engager sur des formats particulièrement longs, jusqu’à remporter la Desertus Bikus en 2024. Elle connaît donc la durée, l’inconfort, la fatigue progressive et la nécessité de gérer son effort sur plusieurs heures, voire plusieurs jours.


L’objectif des premières semaines n’était pas de repartir de zéro ni de remettre en question tout ce qu’elle avait construit jusque-là. Les premiers échanges et les tests réalisés devaient surtout permettre de mieux comprendre son profil, d’identifier ses principales qualités et de déterminer ce qui pouvait encore limiter sa progression sur les formats qu’elle souhaitait désormais viser.


Le constat est rapidement apparu assez clair. Zélie présentait déjà de très bonnes dispositions pour maintenir longtemps un effort stable. Son expérience lui avait permis de développer une endurance robuste, une bonne capacité à gérer son énergie et une certaine résistance à la fatigue. Sur un effort régulier, elle disposait donc d’un socle particulièrement intéressant.


En revanche, son profil semblait moins complet dès lors que l’intensité augmentait fortement ou que le rythme devenait plus irrégulier. Elle était capable de produire un effort solide pendant longtemps, mais disposait encore d’une marge de progression lorsqu’il fallait répondre à une accélération, encaisser une variation brutale de puissance ou répéter des passages à haute intensité. Son plafond physiologique apparaissait finalement moins développé que sa capacité à durer.


Or, l’Étape du Tour ne se résume pas à une longue montée effectuée à intensité constante. Le parcours impose des changements de pente, des relances, des variations de rythme entre les groupes et plusieurs ascensions successives. Même avec une stratégie prudente, il est difficile d’y maintenir un effort parfaitement régulier du départ à l’arrivée. Il faut pouvoir franchir ponctuellement certaines intensités, puis retrouver rapidement un rythme maîtrisé sans que chaque accélération ne laisse trop de traces.


L’axe de travail principal n’allait donc pas être d’ajouter toujours plus de volume à un profil qui savait déjà très bien encaisser les longues distances. Il fallait plutôt chercher à élever le plafond, développer la capacité de Zélie à répondre aux changements de rythme et rendre son profil plus complet, tout en préservant les qualités d’endurance qui constituaient déjà l’un de ses principaux points forts.


La préparation s’est ainsi construite autour d’une idée simple : ne pas transformer Zélie en une autre athlète, mais compléter progressivement son profil. L’enjeu était de lui permettre de rester aussi solide sur la durée, tout en devenant plus à l’aise lorsque la course exigeait davantage de puissance, de réactivité et de variations d’intensité.


2. Construire sans tout révolutionner 🧱

Une fois le profil de Zélie mieux identifié, l’enjeu n’était pas de remplacer brutalement ce qu’elle faisait déjà, mais de construire autour de l’existant. Lors du premier échange, elle avait exposé ses contraintes professionnelles et personnelles, ses objectifs à court et moyen terme, ses points de vigilance liés aux blessures ainsi que le travail de préparation physique déjà engagé avec Thibaud Celce (Préparateur physique). Tous ces éléments devaient être considérés comme des composantes à part entière du projet, et non comme des contraintes secondaires auxquelles il faudrait s’adapter après coup.


La prise de contact entre Simon Tissier (coach et fondateur d'Ibex) et Thibaud a permis d’intégrer pleinement la préparation physique à l’organisation générale. L’objectif était d’éviter que le travail réalisé sur le vélo, les séances à pied et le renforcement ne se superposent sans cohérence. Une séance pertinente prise isolément peut perdre une grande partie de son intérêt si elle arrive au mauvais moment, si elle augmente excessivement la fatigue ou si elle entre en conflit avec un autre contenu important de la semaine.


La préparation a donc été construite progressivement, en augmentant l’exigence sans bouleverser tout le fonctionnement de Zélie. Il s’agissait de faire évoluer son profil par étapes, tout en conservant des repères familiers et une organisation compatible avec son quotidien. Ce principe était d’autant plus important que la période entre la mi-avril et l’Étape du Tour restait relativement courte. Chercher à tout modifier en quelques semaines aurait probablement créé davantage de fatigue et d’incertitude que de progression réelle.


Cette organisation reposait aussi sur des échanges fréquents. Après les séances, Zélie transmettait ses ressentis, sa perception de la difficulté et son état de forme global. Ces retours permettaient de confronter ce qui était prévu sur le plan à la manière dont son organisme et son état mental répondaient réellement. Une séance réussie ne se résumait donc pas uniquement au respect d’une puissance ou d’une durée : il fallait aussi comprendre comment elle avait été vécue, ce qu’elle avait coûté et dans quel état elle laissait l’athlète pour la suite.


Des appels réguliers permettaient également de présenter les blocs de travail à venir, d’expliquer les données utilisées et de préciser les objectifs associés à certaines séances. Pour Zélie, cette compréhension faisait partie intégrante du suivi. Savoir pourquoi un contenu était proposé l’aidait à mieux y adhérer, mais aussi à garder confiance lorsque les sensations étaient moins bonnes ou que la progression paraissait moins évidente.


Ce fonctionnement a progressivement permis de créer une relation dans laquelle Zélie ne se sentait pas réduite à une succession de chiffres ou à l’exécution mécanique d’un programme. Les données avaient leur place, mais elles restaient des outils de compréhension et de décision. Elles devaient toujours être replacées dans un contexte plus large, incluant les sensations, la récupération, les contraintes extérieures et la manière dont l’athlète vivait réellement la préparation.


La construction du plan ne reposait donc pas uniquement sur la question de savoir quelle séance serait physiologiquement la plus efficace. Elle devait aussi répondre à une autre interrogation : quelle organisation permettrait à Zélie de progresser tout en restant disponible, impliquée et en confiance jusqu’au jour de la course ? Cette recherche d’équilibre allait devenir particulièrement importante au cours du mois de juin, lorsque le contexte personnel a imposé de revoir une partie de la préparation.


3. Adapter sans ajouter de charge mentale 🧠

La préparation a pris une autre dimension au cours du mois de juin, lorsque la vie personnelle de Zélie a dû devenir prioritaire. Dans ce type de période, maintenir à tout prix le programme initial aurait probablement été contre-productif. La fatigue ne venait plus seulement de l’entraînement et la disponibilité mentale nécessaire pour réaliser certaines séances ou prendre le départ d’une course n’était plus la même.


Le calendrier a donc été revu. Zélie a choisi d’annuler les courses prévues pendant le mois de juin, car elle ne se sentait pas en mesure de les aborder dans de bonnes conditions. Cette décision ne remettait pas en question son engagement dans la préparation de l’Étape du Tour. Elle permettait au contraire de préserver l’objectif principal, en évitant de consacrer de l’énergie à des échéances intermédiaires qui n’avaient plus de sens dans le contexte du moment.


L’entraînement restait néanmoins important pour elle. Continuer à bouger, conserver un cadre et garder le lien avec son projet sportif pouvaient lui apporter un équilibre, à condition que ce cadre ne devienne pas une nouvelle source de pression. L’enjeu n’était donc ni d’arrêter complètement ni de poursuivre comme si rien n’avait changé, mais de trouver une organisation suffisamment souple pour s’adapter d’un jour à l’autre.


Des options ont ainsi été intégrées au programme. Selon son état de fatigue, sa disponibilité et son envie, Zélie pouvait choisir entre plusieurs contenus, réduire une séance ou ne pas la réaliser sans avoir le sentiment d’échouer dans sa préparation. Cette souplesse permettait de limiter les décisions à prendre et d’éviter que l’entraînement ne vienne encore augmenter une charge mentale déjà importante.


Pour Simon, cette période demandait de sortir d’une réflexion uniquement physiologique. Sur le papier, une séance de qualité pouvait toujours apparaître comme l’option la plus intéressante pour progresser. Dans la réalité, elle pouvait aussi être trop coûteuse mentalement et laisser davantage de fatigue que de bénéfices. La priorité devenait alors l’adhésion, le plaisir et la fraîcheur nécessaire pour continuer à avancer sur plusieurs semaines.


Cette approche reposait sur une véritable coopération. Zélie a parfois adapté elle-même certaines séances ou s’est accordé un contenu différent de celui initialement prévu, parce qu’elle en ressentait le besoin. Tant que ces choix restaient raisonnables, ils étaient intégrés au processus plutôt que perçus comme un écart à sanctionner. Le plan était ensuite ajusté en conséquence, sans chercher à rattraper les séances manquées ni à compenser immédiatement le travail non réalisé.


Cette posture a également contribué à préserver la confiance. Lorsque Zélie ne pouvait pas réaliser un entraînement, l’objectif n’était pas de lui rappeler ce qu’elle perdait, mais de la rassurer sur ce qui avait déjà été construit. Quelques séances modifiées ou annulées ne suffisent pas à effacer plusieurs semaines de travail, surtout chez une athlète disposant déjà d’un solide passé d’endurance.


L’adaptabilité a finalement constitué l’un des éléments centraux de la préparation. Non parce que le plan initial était secondaire, mais parce qu’un programme n’a de valeur que s’il reste compatible avec la réalité de l’athlète. En protégeant la fraîcheur mentale et le plaisir pendant cette période plus complexe, Zélie a pu continuer à s’entraîner sans s’user davantage et se présenter sur la dernière phase de préparation toujours engagée dans son objectif.


4. Élever le plafond sans perdre la capacité à durer 📈

Malgré les adaptations du mois de juin, le fil conducteur de la préparation est resté le même : compléter le profil de Zélie sans dégrader ce qui faisait déjà sa force. Son endurance sur les efforts longs constituait une base solide, mais l’Étape du Tour demandait également de pouvoir produire davantage de puissance dans les ascensions, encaisser les variations de pente et retrouver rapidement un rythme maîtrisé après chaque passage plus intense.


Le travail ne consistait donc pas simplement à rouler longtemps. Il devait aussi créer des occasions de solliciter des intensités plus élevées afin d’améliorer le plafond physiologique de Zélie et de rendre son profil plus polyvalent. Sur une épreuve de montagne, disposer d’une capacité maximale plus importante peut permettre de gravir une ascension donnée à une intensité relative légèrement plus faible. Un même niveau de puissance devient alors moins coûteux, à condition que cette progression reste transférable après plusieurs heures de course.


C’est précisément là que la notion de durabilité prend toute son importance. Une valeur de VO₂max, de puissance critique ou de FTP décrit principalement ce qu’un athlète est capable de produire dans des conditions relativement contrôlées et avec un niveau de fatigue limité. Or, sur une course de plus de sept heures, la question décisive n’est pas seulement de connaître la puissance disponible au départ, mais de savoir quelle part de cette capacité restera exploitable après 2 000, 3 000 ou 4 000 kilojoules de travail.


Pour Simon, cette capacité à conserver ses qualités après plusieurs heures représente un déterminant central dès que les formats dépassent deux à trois heures. Une athlète peut posséder un plafond physiologique élevé et pourtant voir sa puissance soutenable, son économie ou sa capacité à changer de rythme se dégrader rapidement. À l’inverse, un profil légèrement moins performant en état de fraîcheur peut se montrer plus efficace en course s’il limite davantage cette baisse au fil de l’effort.


La préparation de Zélie devait donc répondre à une double exigence. Il fallait élever les capacités qu’elle mobilisait moins naturellement, mais aussi apprendre à les exprimer lorsque la fatigue était déjà installée. L’objectif n’était pas de rechercher systématiquement la puissance maximale, ni de transformer chaque sortie longue en simulation de course. Il s’agissait plutôt d’organiser les différentes sollicitations de manière à développer le plafond, puis à vérifier que ce nouveau niveau restait accessible après une quantité importante de travail.


Cette logique imposait également de surveiller le coût global de la préparation. Les séances intenses pouvaient favoriser la progression recherchée, mais elles ne devaient pas réduire la capacité à enchaîner, augmenter le risque de blessure ou détériorer la fraîcheur mentale. Le travail de préparation physique déjà en place, les sorties longues, les contenus plus exigeants et les périodes de récupération devaient donc rester cohérents entre eux.


La réussite de ce type de préparation ne se mesure pas seulement à la progression d’un test réalisé en début de séance. Elle se juge aussi dans la capacité à maintenir une puissance efficace après plusieurs cols, à rester lucide dans la gestion de l’effort et à disposer encore de ressources dans la dernière partie de course. Sur l’Étape du Tour, les données enregistrées par Zélie allaient justement montrer que cette capacité à durer ne se limitait plus à soutenir un effort stable : elle pouvait désormais conserver un rythme particulièrement solide sur un parcours exigeant et irrégulier.


5. Préparer la stratégie avant de prendre le départ 🏁

À l’approche de l’Étape du Tour, l’objectif n’était plus de chercher à développer de nouvelles qualités, mais d’organiser au mieux celles que Zélie avait construites. Sur une épreuve de cette durée, une partie de la performance se joue avant même le départ : dans la manière d’estimer son temps de course, de répartir son effort, d’anticiper ses besoins nutritionnels et de se préparer mentalement à l’enchaînement des difficultés.


Zélie a notamment utilisé le prédicteur de course développé par Ibex (4,5% entre le temps prédit (7h21) et le temps réalisé (7h02) )afin d’obtenir une première estimation de son temps et de mieux visualiser les différentes portions du parcours. Cette projection n’avait pas vocation à annoncer précisément son chrono final, car les conditions météorologiques, la dynamique des groupes, les arrêts ou les sensations du jour peuvent rapidement modifier le déroulement d’une cyclosportive. Elle fournissait néanmoins un cadre suffisamment réaliste pour organiser la course et limiter les décisions improvisées.


L’estimation de la durée constituait d’abord une base pour construire la stratégie nutritionnelle et hydrique. Les besoins ne sont pas les mêmes pour une épreuve de quatre heures et pour un effort qui doit en dépasser sept. Anticiper le temps passé sur le vélo permettait de déterminer les quantités à emporter, de prévoir les ravitaillements et surtout de répartir les prises dès le début de course, avant que la faim, la soif ou la fatigue ne viennent perturber les sensations. Sur un parcours aussi long, attendre d’en ressentir le besoin aurait déjà signifié prendre du retard.


Le prédicteur a également permis de découper l’épreuve en plusieurs blocs. Plutôt que d’appréhender immédiatement les 170 kilomètres et les 5 400 mètres de dénivelé positif, Zélie pouvait se concentrer successivement sur les premières portions roulantes, la Croix de Fer, la transition vers le Télégraphe, le Galibier puis la dernière partie en direction du col de Sarenne. Ce découpage apportait des repères concrets pour la gestion de l’effort, mais il rendait aussi l’objectif mentalement plus accessible.


Les échanges avec Simon ont ensuite permis de préciser les valeurs de puissance à ne pas dépasser, en particulier dans la première partie de course. Sur ce type d’épreuve, le danger ne vient pas nécessairement d’une accélération spectaculaire. Il peut résider dans une succession de passages légèrement trop intenses, réalisés avec de bonnes sensations et dont le coût ne devient visible que plusieurs heures plus tard. Se fixer des plafonds ne signifiait donc pas brider la performance, mais protéger la puissance qui devrait encore être disponible dans les dernières ascensions.


Cette prudence initiale était d’autant plus importante que Zélie arrivait avec un niveau de forme satisfaisant. Lorsque les jambes répondent bien, la tentation est forte de suivre les groupes, de gagner quelques positions ou de rouler au-dessus de la stratégie parce que l’effort paraît encore facile. Pourtant, les sensations du début de course reflètent rarement ce que l’organisme sera capable de produire après trois ou quatre mille kilojoules de travail. La stratégie devait donc rester suffisamment disciplinée pour ne pas confondre aisance immédiate et intensité durable.


Un appel avant la course a enfin permis de rappeler le travail réalisé, de prendre du recul et de clarifier l’état d’esprit recherché. La priorité était d’arriver avec un bagage physiologique solide, mais aussi avec la fraîcheur mentale nécessaire pour s’engager jusqu’au bout. Après les adaptations du mois de juin, le jour de l’épreuve ne devait pas devenir un examen destiné à compenser les séances manquées. Il représentait plutôt l’occasion d’exploiter ce qui avait été construit, sans courir avec le sentiment d’avoir quelque chose à rattraper.


Cette préparation a donné à Zélie un cadre clair, tout en laissant une place importante à ses sensations. La puissance permettait de contrôler les excès, l’estimation du chrono structurait la nutrition et le découpage du parcours fournissait des repères mentaux. Une fois la course lancée, il restait toutefois à confronter cette stratégie à la réalité du terrain, à l’altitude et à l’enchaînement de quatre ascensions majeures.


6. Une course maîtrisée sur plus de 7️⃣ heures

Le fichier enregistré par Zélie retrace 7 h 02 d’effort, pour 168,73 kilomètres et 5 099 mètres de dénivelé positif. Ces valeurs diffèrent légèrement des 170 kilomètres et 5 400 mètres annoncés sur le parcours officiel, comme cela arrive fréquemment selon le compteur utilisé, la qualité du signal GPS et la méthode de calcul de l’altitude. Elles permettent néanmoins d’étudier précisément la manière dont l’effort a été réparti tout au long de la journée.


Sur l’ensemble de la course, Zélie développe 164 watts de puissance moyenne et 183 watts de puissance normalisée, pour une fréquence cardiaque moyenne de 153 battements par minute. L’écart entre la puissance moyenne et la puissance normalisée reflète le caractère particulièrement irrégulier du parcours : les longues descentes réduisent fortement la moyenne, tandis que les ascensions imposent des périodes prolongées à une intensité nettement supérieure. Au total, plus de 4 148 kilojoules de travail mécanique ont été enregistrés.


La première grande difficulté, la Croix de Fer, est réalisée autour de 195 watts de moyenne et 202 watts normalisés sur la portion correspondant à l’ascension. Zélie y maintient une fréquence cardiaque moyenne proche de 161 battements par minute. Les données montrent un effort engagé, mais qui reste relativement régulier malgré les changements de pente et les portions descendantes intégrées à cette longue montée.


Le Télégraphe est ensuite gravi autour de 189 watts de moyenne et 192 watts normalisés, avec une fréquence cardiaque moyenne de 159 battements par minute. Malgré le travail déjà accumulé dans la Croix de Fer et la longue transition vers la Maurienne, la baisse de puissance reste limitée. Zélie conserve une cadence élevée et un rythme stable, sans rupture nette dans la conduite de l’effort.


Dans le Galibier, la puissance moyenne se situe autour de 180 watts, pour environ 182 watts normalisés. L’écart entre les deux valeurs devient particulièrement faible, signe d’un effort peu variable sur cette ascension. La fréquence cardiaque reste proche de 160 battements par minute malgré l’altitude et plus de trois heures quarante-cinq de course au pied du col. Zélie rapporte avoir davantage subi l’altitude à cet endroit, mais les données ne montrent pas d’effondrement brutal de la puissance ou de désorganisation de son effort.


La dernière grande ascension vers le col de Sarenne débute après environ 3 300 kilojoules de travail déjà accumulés. Zélie y développe encore près de 175 watts de moyenne et 181 watts normalisés pendant plus d’une heure. À ce stade de l’épreuve, l’enjeu n’est plus de reproduire exactement les valeurs de la première montée, mais de limiter leur détérioration et de continuer à avancer à une intensité suffisamment élevée sans dépasser les ressources encore disponibles.


La puissance diminue donc progressivement au fil des ascensions, mais cette évolution reste contenue et cohérente avec l’accumulation de fatigue. Surtout, aucune montée ne marque une rupture franche avec les précédentes. Zélie ne connaît pas de véritable effondrement dans le Galibier ou dans le final, ce qui suggère que la stratégie initiale lui a permis de conserver une part importante de ses capacités jusqu’au terme de la course.


Cette lecture confirme l’intérêt des plafonds de puissance définis avant le départ. La première ascension est la plus intense, mais elle ne semble pas avoir été réalisée à un niveau compromettant la suite. Les valeurs diminuent ensuite par paliers, sans perte disproportionnée dans les dernières difficultés. La stratégie n’a donc pas consisté à produire le moins de puissance possible au début, mais à maintenir un niveau suffisamment élevé tout en protégeant la fin de course.


7. Un indice de durabilité particulièrement solide 💪🏼

Pour Simon, la donnée la plus marquante de cette course reste l’indice de durabilité de Zélie, estimé à 10,4 % de dégradation. Cette valeur décrit la diminution de ses capacités entre un état relativement frais et une situation dans laquelle plusieurs milliers de kilojoules ont déjà été accumulés. Elle ne doit pas être considérée comme une norme universelle, car son interprétation dépend de la durée observée, du type d’effort comparé et de la méthode de calcul utilisée.


Les puissances moyennes relevées dans les principales ascensions permettent néanmoins d’observer une évolution proche. Zélie passe d’environ 195 watts dans la Croix de Fer à 175 watts dans la dernière montée vers Sarenne, soit une diminution légèrement supérieure à 10 %. Cette comparaison reste imparfaite puisque les ascensions ne présentent ni la même pente, ni la même altitude, ni la même durée. Elle fournit toutefois un ordre de grandeur cohérent avec l’indice calculé à partir de son profil de puissance.


Cette capacité à limiter la perte devient déterminante sur les efforts longs. Dans leur revue « The Importance of ‘Durability’ in the Physiological Profiling of Endurance Athletes », publiée en 2021, Ed Maunder, Stephen Seiler, Mathew J. Mildenhall, Andrew E. Kilding et Daniel J. Plews proposent justement de ne plus évaluer un athlète uniquement à partir de ses qualités en état de fraîcheur. Une puissance élevée au départ possède peu de valeur sur une cyclosportive longue si elle se détériore trop rapidement lorsque le travail s’accumule.


Dans le cas de Zélie, la dernière ascension apporte une information particulièrement intéressante. Après plus de cinq heures quarante de course et environ 3 300 kilojoules déjà produits, elle reste capable de soutenir près de 175 watts pendant plus d’une heure. Elle atteint ensuite le sommet avec plus de 4 000 kilojoules au compteur, avant de conserver suffisamment de ressources pour négocier la dernière portion vers l’arrivée.


Cette durabilité ne peut pas être attribuée à une seule séance ou à un bloc d’entraînement isolé. Elle s’appuie d’abord sur le passé d’endurance de Zélie et sur les adaptations construites au fil de ses expériences en ultra. La préparation récente a davantage cherché à compléter ce socle en élevant son plafond et en lui permettant de mieux exploiter ses capacités sur un parcours rythmé par plusieurs ascensions.


L’alimentation, l’hydratation et le pacing ont également contribué à préserver ces qualités. Une athlète peut présenter un excellent profil physiologique et perdre rapidement en puissance si elle consomme trop peu de glucides, se déshydrate ou produit trop d’efforts au-dessus de son intensité soutenable dans les premières heures. La durabilité observée le jour de la course représente donc autant une qualité entraînée qu’une capacité correctement gérée.


« 10,4 % de dégradation sur un profil comme celui-ci, c’est vraiment solide », résume Simon. La valeur est intéressante, mais elle prend surtout du sens lorsqu’elle est confrontée au déroulement de la course : le rythme reste soutenu dans les dernières ascensions, la fréquence cardiaque ne montre pas de dérive incontrôlée et Zélie conserve la lucidité nécessaire pour continuer à piloter son effort.


8. Les données confirment la préparation, les sensations lui donnent du sens ✨

Le fichier de course valide plusieurs éléments travaillés au cours des semaines précédentes. Le rythme développé dans les ascensions montre que le plafond physiologique de Zélie pouvait être mobilisé sur un parcours montagneux, tandis que la faible dégradation observée au fil des cols confirme la solidité de son profil sur la durée. Pour autant, les données ne suffisent pas à raconter entièrement sa journée.


Zélie explique avoir ressenti les effets de l’altitude, notamment parce qu’elle n’avait pas réellement eu la possibilité de s’y confronter pendant la préparation. Cette sensation n’est pas contradictoire avec les puissances enregistrées. Un athlète peut maintenir un niveau de performance intéressant tout en percevant une ventilation plus difficile, une sensation d’effort supérieure ou un inconfort inhabituel. Le fichier permet d’observer ce qui a été produit, mais pas de mesurer précisément la manière dont chaque minute a été vécue.


À l’inverse, les sensations générales sont restées bonnes dans les montées comme dans les descentes. Après plusieurs semaines durant lesquelles le contexte personnel avait pris une place importante, Zélie est arrivée au départ avec l’envie et la disponibilité nécessaires pour profiter de l’épreuve. « Les jambes et la tête étaient là », résume-t-elle. Cet équilibre faisait pleinement partie de l’objectif recherché lors des adaptations du mois de juin.


Cette fraîcheur mentale lui a permis de rester engagée sans vivre la course comme une obligation de résultat ou une tentative de compenser ce qui n’avait pas pu être réalisé pendant la préparation. Le plan avait été ajusté, certaines courses supprimées et plusieurs séances rendues optionnelles. L’Étape du Tour ne venait donc pas sanctionner un programme parfaitement exécuté, mais mesurer ce qu’un processus suffisamment cohérent avait permis de préserver et de développer malgré les contraintes.


Le découpage du parcours en plusieurs blocs a également joué un rôle important. Chaque col représentait une étape distincte, associée à des repères de puissance, de nutrition et de temps. Cette organisation rendait plus accessible une épreuve dont la longueur et le dénivelé pouvaient autrement devenir difficiles à appréhender mentalement. Elle permettait surtout de rester concentrée sur les décisions immédiates plutôt que de subir en permanence le poids de la distance restante.


Au-delà de la 8e place féminine, cette course a aussi modifié la perception que Zélie avait de son propre profil. Elle se considérait jusque-là comme une athlète peu adaptée aux longues ascensions et estimait que ce type de parcours ne lui correspondait pas réellement. La manière dont elle a gravi les différents cols, tout en conservant du plaisir du départ à l’arrivée, l’a conduite à revoir cette représentation.


Cette évolution compte dans la suite du projet. Une performance ne modifie pas uniquement les chiffres utilisés pour programmer l’entraînement. Elle peut aussi élargir le champ des objectifs que l’athlète se sent légitime à envisager. Zélie ne termine pas seulement cette Étape du Tour avec un top 10 féminin : elle en ressort avec l’envie de continuer à se confronter à des cyclosportives montagneuses qu’elle aurait peut-être auparavant considérées comme incompatibles avec son profil.


9. Conclusion ✅

La performance de Zélie sur l’Étape du Tour 2026 ne s’explique pas par une préparation entièrement linéaire ni par l’accumulation d’un volume exceptionnel au cours des trois mois précédant la course. Son parcours antérieur lui avait déjà permis de développer une endurance particulièrement solide. Le travail réalisé à partir de la mi-avril a surtout consisté à mieux comprendre ce profil, à cibler ses marges de progression et à élever son plafond sans affaiblir sa capacité à durer.


La préparation a également montré qu’un plan ne peut pas être dissocié de la vie de l’athlète. Lorsque le contexte personnel a pris le dessus au mois de juin, le maintien strict de chaque séance aurait probablement augmenté la fatigue sans garantir davantage de progression. Les courses intermédiaires ont été annulées, des options ont été proposées et la fraîcheur mentale est devenue une priorité. Cette adaptation n’a pas empêché la performance : elle a probablement contribué à rendre Zélie disponible pour l’exprimer le jour venu.


Les données de course confirment la cohérence de cette approche. Après plus de sept heures, 5 099 mètres de dénivelé positif et plus de 4 100 kilojoules de travail, Zélie limite la dégradation de ses puissances à environ 10,4 %. Elle reste capable de produire un effort solide dans la dernière ascension et ne connaît pas de rupture majeure dans sa gestion. Son plafond physiologique a progressé, mais il est surtout resté exploitable lorsque la fatigue est devenue importante.


La stratégie préparée avant la course a permis de transformer ces capacités en performance. Les plafonds de puissance ont protégé les dernières ascensions, l’estimation du chrono a structuré l’alimentation et l’hydratation, tandis que le découpage du parcours a offert des repères mentaux simples. Aucun de ces éléments n’aurait suffi isolément, mais leur cohérence a réduit le risque de subir la course après un départ trop ambitieux.


Cette 8e place féminine rappelle finalement qu’une préparation durable ne consiste pas à rechercher en permanence le maximum de charge ou à exécuter un programme sans écart. Elle repose sur la capacité à identifier ce dont l’athlète a réellement besoin, à intégrer ce qui existe déjà, à ajuster lorsque le contexte l’exige et à donner du sens aux données recueillies. La performance devient alors le résultat d’une coopération entre la physiologie, les sensations, l’organisation quotidienne et l’état mental.


C’est dans cette articulation que l’individualisation prend toute sa valeur. Comprendre le profil, expliquer les choix, coordonner les différents intervenants et adapter le plan sans culpabiliser permet de créer un cadre dans lequel l’athlète peut progresser sans perdre le plaisir de pratiquer. Sur l’Étape du Tour, Zélie n’a pas seulement confirmé qu’elle savait durer : elle a montré qu’elle pouvait aussi grimper, changer de rythme et rester performante jusqu’au bout.


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