Pourquoi travailler proche de VO2max en amont de la saison en endurance ? đđŒ
- Simon Tissier

- il y a 3 heures
- 7 min de lecture
Le travail proche de VO2max occupe une place paradoxale dans lâentraĂźnement en endurance. Il est Ă la fois lâun des stimuli physiologiques les plus puissants Ă disposition de lâentraĂźneur, et lâun des plus mal utilisĂ©s lorsquâil est intĂ©grĂ© sans vision Ă long terme. Trop souvent associĂ© Ă la recherche de gains rapides ou Ă une forme de validation de lâintensitĂ© Ă lâentraĂźnement, il trouve pourtant sa vĂ©ritable utilitĂ© lorsquâil est placĂ© en amont de la saison, dans une logique de construction et non de performance immĂ©diate.
Les travaux de Stephen Seiler et de Vladimir Issurin montrent que ce type de stimulus ne doit pas ĂȘtre Ă©valuĂ© Ă lâĂ©chelle dâune sĂ©ance ou dâun bloc, mais Ă celle dâune saison complĂšte, voire de plusieurs saisons. Bien positionnĂ©, il agit comme un levier de robustesse et dâadaptabilitĂ© ; mal placĂ©, il devient un facteur de fatigue chronique et de stagnation.
Dans cet article, nous verrons pourquoi le travail proche de VO2max a tout son sens en amont de la saison, quelles adaptations physiologiques il induit, comment il influence les intensitĂ©s dâeffort durable et la rĂ©silience de lâathlĂšte, et de quelle maniĂšre ces bĂ©nĂ©fices peuvent ĂȘtre entretenus tout au long de lâannĂ©e sans compromettre la progression.

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Adaptations physiologiques directes : Ă©largir les capacitĂ©s du systĂšme đïž
Le travail proche de VO2max sollicite simultanĂ©ment les composantes centrales et pĂ©riphĂ©riques du systĂšme aĂ©robie. Sur le plan central, il impose une contrainte Ă©levĂ©e au dĂ©bit cardiaque maximal. Les travaux fondateurs de David Bassett et Edward Howley ont montrĂ© que la VO2max est en grande partie dĂ©terminĂ©e par la capacitĂ© du cĆur Ă transporter lâoxygĂšne vers les muscles actifs. Les intensitĂ©s proches de VO2max constituent donc lâun des rares stimuli capables dâaugmenter ou de maintenir ce dĂ©bit chez des athlĂštes dĂ©jĂ entraĂźnĂ©s.
Sur le plan pĂ©riphĂ©rique, ce type de travail stimule fortement la biogenĂšse mitochondriale et lâactivitĂ© enzymatique oxydative. Les travaux de John Holloszy et de Edward Coyle ont mis en Ă©vidence une augmentation de la capacitĂ© des muscles Ă utiliser lâoxygĂšne de maniĂšre efficace, notamment via un meilleur recrutement des fibres rapides oxydatives. Ces adaptations amĂ©liorent la capacitĂ© du muscle Ă soutenir des intensitĂ©s Ă©levĂ©es tout en retardant lâapparition de la fatigue.
Il est essentiel de souligner que ces adaptations ne se traduisent pas immĂ©diatement par une amĂ©lioration de lâendurance spĂ©cifique. Elles augmentent avant tout la capacitĂ© maximale du systĂšme, crĂ©ant des marges physiologiques qui seront exploitĂ©es plus tard dans la saison.
Effets sur la VO2max : augmenter le plafond pour allĂ©ger le reste đ
Lâaugmentation ou la restauration de la VO2max est lâun des effets les plus documentĂ©s du travail Ă haute intensitĂ©. Les synthĂšses de Andrew Midgley, ainsi que les travaux de Bent RĂžnnestad et Eivind Hansen, montrent que des efforts rĂ©pĂ©tĂ©s proches de VO2max constituent un stimulus particuliĂšrement efficace, y compris chez des athlĂštes dĂ©jĂ bien entraĂźnĂ©s.
Cependant, lâintĂ©rĂȘt principal nâest pas tant lâaugmentation de la valeur absolue que la modification du coĂ»t relatif des intensitĂ©s submaximales. Une VO2max plus Ă©levĂ©e signifie quâune allure donnĂ©e reprĂ©sente une fraction plus faible du potentiel maximal. Cela se traduit par une diminution de la contrainte cardiorespiratoire Ă intensitĂ© modĂ©rĂ©e, une perception de lâeffort plus stable et une meilleure capacitĂ© Ă rĂ©pĂ©ter les sĂ©ances sans accumulation excessive de fatigue.
Câest prĂ©cisĂ©ment ce mĂ©canisme qui justifie lâintĂ©rĂȘt du travail proche de VO2max en amont de la saison : il ne vise pas Ă performer immĂ©diatement, mais Ă crĂ©er des marges dâadaptation durables.
ConsĂ©quences sur les intensitĂ©s dâeffort durable (SV1 et SV2) đ«
Le travail proche de VO2max nâagit pas directement sur les intensitĂ©s dâeffort durable. Les travaux de Oliver Faude, Wilfried Kindermann et Tim Meyer montrent que les adaptations associĂ©es aux efforts durables sont avant tout liĂ©es au volume dâentraĂźnement Ă intensitĂ© modĂ©rĂ©e et Ă la rĂ©pĂ©tition dâefforts soutenables dans le temps.
En revanche, une augmentation de la VO2max modifie la position relative de ces intensitĂ©s. Ă intensitĂ© Ă©gale, la sollicitation physiologique est moindre, ce qui se traduit par une meilleure stabilitĂ© des zones faciles et soutenables. Les dĂ©rives cardiaques et ventilatoires apparaissent plus tard, et lâathlĂšte peut accumuler davantage de volume utile sans dĂ©passer ses capacitĂ©s de rĂ©cupĂ©ration.
Le travail proche de VO2max agit donc comme un prĂ©requis physiologique, permettant au travail dâendurance et dâeffort durable de sâexprimer plus efficacement au fil de la saison.
Effets sur le systĂšme nerveux : tolĂ©rance, mais coĂ»t rĂ©el đ§
Sur le plan nerveux, le travail proche de VO2max est particuliĂšrement exigeant. Les recherches de Samuele Marcora ont mis en Ă©vidence le rĂŽle central de la fatigue mentale et de la fatigue centrale dans la limitation de la performance dâendurance. Les intensitĂ©s Ă©levĂ©es sollicitent fortement la concentration, la coordination et la capacitĂ© Ă tolĂ©rer lâinconfort.
UtilisĂ© ponctuellement et avec des phases de rĂ©cupĂ©ration suffisantes, ce type de travail amĂ©liore la tolĂ©rance Ă lâeffort, renforce lâefficacitĂ© du recrutement moteur et prĂ©pare lâathlĂšte Ă gĂ©rer des variations dâintensitĂ©, frĂ©quentes en compĂ©tition. En revanche, une exposition trop frĂ©quente entraĂźne une accumulation de fatigue centrale, une baisse de la qualitĂ© des autres sĂ©ances et une diminution de la capacitĂ© dâadaptation globale.
Câest pourquoi les modĂšles contemporains de planification recommandent de concentrer ce travail sur des pĂ©riodes ciblĂ©es, lorsque le systĂšme nerveux est disponible et que la rĂ©cupĂ©ration est prioritaire.
Quel impact sur les efforts de type ultra-endurance ? â°ïž
à premiÚre vue, le lien entre travail proche de VO2max et ultra-endurance peut sembler indirect. Pourtant, les travaux de Michael Joyner et de Edward Coyle montrent que la performance sur des efforts trÚs longs dépend largement de la capacité à maintenir un coût énergétique faible à des intensités modestes.
Un athlĂšte disposant dâun plafond physiologique plus Ă©levĂ© subit moins chaque intensitĂ© relative. Il dĂ©rive moins vite, tolĂšre mieux les variations imposĂ©es par le terrain et conserve une meilleure stabilitĂ© physiologique au fil des heures. Le travail proche de VO2max, intĂ©grĂ© en amont de la saison, ne rend pas lâathlĂšte plus rapide en ultra, mais plus robuste, plus rĂ©silient et plus stable face Ă la fatigue accumulĂ©e.
Comment entretenir ces adaptations au fil de la saison ? đ
Une fois ces adaptations acquises, lâobjectif nâest pas de maintenir une forte densitĂ© de travail proche de VO2max, mais dâen prĂ©server les bĂ©nĂ©fices Ă moindre coĂ»t. Les travaux de Seiler et de RĂžnnestad montrent que ces adaptations peuvent ĂȘtre entretenues avec une frĂ©quence relativement faible, Ă condition que le stimulus reste prĂ©sent de maniĂšre qualitative.
Une exposition ponctuelle Ă des intensitĂ©s Ă©levĂ©es, espacĂ©e dans le temps, suffit gĂ©nĂ©ralement Ă maintenir le plafond physiologique. Ces rappels peuvent ĂȘtre intĂ©grĂ©s sous forme de sĂ©quences courtes, de variations dâintensitĂ© naturelles liĂ©es au terrain ou de blocs spĂ©cifiques Ă©loignĂ©s des objectifs majeurs. Lâessentiel est de conserver une stimulation suffisante sans gĂ©nĂ©rer de fatigue excessive ni interfĂ©rer avec le travail spĂ©cifique de la pĂ©riode.
Cette approche permet de prĂ©server les bĂ©nĂ©fices du travail VO2max tout en laissant la prioritĂ© Ă lâendurance, Ă lâĂ©conomie de mouvement et Ă la spĂ©cificitĂ© de lâobjectif principal.
Conclusion : un outil de fondation, pas un objectif en soi đ§đŒâđ«
Les donnĂ©es scientifiques convergent vers une mĂȘme conclusion : le travail proche de VO2max nâest ni un raccourci vers la performance, ni un Ă©lĂ©ment Ă bannir. Il constitue un outil stratĂ©gique, dont lâefficacitĂ© dĂ©pend entiĂšrement de son positionnement et de sa frĂ©quence.
UtilisĂ© en amont de la saison, il Ă©largit les capacitĂ©s du systĂšme, amĂ©liore la rĂ©silience physiologique et crĂ©e les conditions dâune progression durable. Entretenu avec parcimonie au fil de lâannĂ©e, il permet de conserver ces adaptations sans compromettre la rĂ©cupĂ©ration ni la spĂ©cificitĂ© de lâentraĂźnement.
Câest cette lecture Ă long terme â loin de toute recherche de performance immĂ©diate â qui donne au travail proche de VO2max toute sa pertinence dans un projet dâendurance cohĂ©rent et durable.
Ce que change lâaccompagnement par un coach dans lâutilisation du travail VO2max đ§đŒâđł
Le travail proche de VO2max illustre parfaitement la limite des approches standardisĂ©es. Sur le papier, les principes sont connus. Dans la rĂ©alitĂ©, leur application dĂ©pend fortement du contexte, de lâhistorique de lâathlĂšte, de sa capacitĂ© de rĂ©cupĂ©ration et de son environnement de vie. Câest prĂ©cisĂ©ment sur ces paramĂštres que se joue la diffĂ©rence entre un stimulus bĂ©nĂ©fique et un facteur de fatigue.
Chez Ibex, le travail proche de VO2max nâest jamais envisagĂ© comme un objectif en soi, ni comme une recette Ă appliquer systĂ©matiquement. Il sâintĂšgre dans une rĂ©flexion globale de planification, oĂč chaque pĂ©riode de la saison a une fonction prĂ©cise. En amont, il peut ĂȘtre utilisĂ© pour Ă©largir le plafond physiologique et renforcer la capacitĂ© dâadaptation. Plus tard, il est soit fortement rĂ©duit, soit entretenu par des rappels ponctuels, toujours en cohĂ©rence avec lâobjectif principal.
Lâaccompagnement par un coach permet avant tout de choisir le bon moment, la bonne frĂ©quence et la bonne forme de stimulus. Deux athlĂštes prĂ©parant le mĂȘme objectif nâauront pas nĂ©cessairement la mĂȘme exposition Ă ce type de travail. Certains en tireront un bĂ©nĂ©fice important en dĂ©but de cycle, quand dâautres auront besoin de davantage de continuitĂ© et de stabilitĂ© avant dây ĂȘtre confrontĂ©s.
Le rĂŽle du coach est Ă©galement central dans la lecture des signaux de fatigue. Le travail proche de VO2max Ă©tant exigeant nerveusement, il nĂ©cessite une capacitĂ© dâajustement permanente. La qualitĂ© des sĂ©ances, la rĂ©cupĂ©ration perçue, la motivation et la stabilitĂ© des sensations deviennent des indicateurs aussi importants que les donnĂ©es chiffrĂ©es. Câest cette lecture fine qui permet de prĂ©server les adaptations acquises, sans compromettre la suite de la saison.
Enfin, lâaccompagnement offre un cadre rassurant. Il libĂšre lâathlĂšte de la pression de âbien faireâ ou de âforcer quand il fautâ, en redonnant du sens Ă chaque phase de lâentraĂźnement. Le travail VO2max retrouve alors sa place : non pas comme une Ă©preuve Ă subir, mais comme un outil ponctuel au service dâun projet cohĂ©rent et durable.
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